Liberty Belle

L’univers de cette nouvelle est assez typique de celui du jeu www.fract.org sur lequel je me suis remis à écrire

La dernière liberté, celle de fendre l’air sur une TT-R110E.Sans doute la seule chose qu’il me reste. Face au soleil, droit vers le couchant, avec la Horde à mes trousses. La dernière virée avant la mort.

Tout ça pour quelques litres, un Walter PKK et les cuisses de Liberty Belle.

Elle était pourtant presque redevenue agréable, cette vie à New Vegas. Une petite communauté protégée du reste du monde par des murs de bric et de broc, la recherche d’eau et de nourriture journalière, les premières plantations. J’avais ma case, de quelques tôles ondulées et de tissu épais qui me protégeait du froid. J’avais un bon stock d’une eau de vie qu’on y distillait nous même. J’avais la protection d’une bande de mecs, plus cinglés les uns que les autres et dirigées par un taré les surpassant tous, nommé La Teigne. Bref, mille fois mieux que ce que le désert m’avait apporté jusque là, à savoir la perte des miens, la faim, la peur et la souffrance.

J’avais été récupéré à moitié mort par les gars de NV, et ils ne m’avaient pas achevé pour une seule raison : j’avais l’air capable de bosser pour eux. Quand ils avaient posé leur machette sur ma nuque, j’étais resté silencieux. Ni suppliant, ni pleurant. J’avais à peine vacillé quand la lame entailla ma joue. Sans doute un test de mérite pour appartenir à leur troupe. J’ai fini accroché au pare-buffle de leur 4*4 pour le trajet jusqu’aux murs de la cité.

Après quelques jours aux fers, à être interrogé tour à tour par la Teigne et ses sbires, j’avais été assigné à la pelle à merde. Pas très élégant, mais ça veut dire ce que ça veut dire, pousser aussi loin que possible les déjections des habitants. En général, les désignés volontaires tenaient 15 jours à trois semaines, et crevaient d’infections. J’avais passé le mois, et un autre avait pris ma place. Pour ma pomme, des tâches moins dégueulasses. La chasse, la recherche de flotte, la cueillette de fruits la récolte de plantes médicinales.Des trucs plutôt sympas en fait. J’avais fait connaissance des autres survivants, Jerk, Hurra Torpedo, Sélène, des gens biens, aussi paumés que moi. Et Liberty Belle.Comme l’héroïne de comics de mon enfance. A bien y regarder, elle lui ressemblait un peu. Une grande blonde bien balancée, un dos de nageuse, un petit mètre quatre vingt et un caractère de cochon.
Pour bien faire, elle était maquée avec la Teigne.

Ca a tout de suite collé entre nous .Une sorte de facilité,de feeling, une manière de combler les silences d’un sourire qui ne me laissait comme deux ronds de flanc. Et la Teigne n’aimait pas ça du tout. J’y gagnais une deuxième cicatrice, de l’oreille à la joue, au détour d’une des citernes de la ville. Elle répondait celle qu’il m’avait faite le jour ou il avait sauvé ma tronche des chiens errant. Elle était assortie d’un ordre, d’une menace. « Trop près, j’te crève ». Limpide. On ne touche pas à SA Liberty Belle.

Alors en bon mec qui a envie de vivre, j’avais pris mes distances. Ne plus bosser dans les mêmes groupes, éviter de la croiser dans l’unique bar de la ville (n’importe quel taudis, depuis l’apocalypse, possède son bistrot avant d’avoir des gogues). Et plus je m’éloignais, plus j’avais envie d’y revenir. Comme l’élastique qu’on tendrait sans jamais qu’il ne casse. Comme aimanté par la croupe incendiaire de Liberty. Si seulement elle m’avait repoussé, je ne serais pas ou j’en suis maintenant.

Le moteur vrombit mais je n’irai pas loin. Ils sont déjà presque sur moi.

J’avais tenu longtemps sans m’approcher, loin de la tentation et de la promesse d’une mort atroce. Jusqu’au jour ou nous nous sommes croisés derrière le hangar qui abritait tout ce que la communauté considérait comme indispensable. Pour croisés j’aurai même pu dire percutés. En contournant le bâtiment pour faire entrer sa moto par la porte arrière, elle m’avait renversé, et nous nous étions retrouvés au sol. Comme les cochons se roulent dans la fange, nous nous étions roulés dans la poussière, aimés, baisés à ne plus savoir respirer, étouffant nos cris pour ne pas nous faire gauler. Et d’un accident, c’était devenu une bonne et agréable habitude. Risquée aussi, nous avions tenus quelques semaines à l’abri des regards indiscrets, nous prenions moult précautions … jusqu’à aujourd’hui.

Une envie soudaine, une impulsion, et la porte du hangar restée mal fermée. Du bruit, des pas, puis des cris. J’ai juste eu le temps de choper la moto, d’en remplir le réservoir avec quelques litres de carburant que la déflagration retentit. En pleine tête. La fin de Liberty Belle.
Je roulais par terre, en attrapant au passage le Pkk de ma camarade d’orgie. Je sortis en trombe dans un nuage de fumée grise, slalomant entre les gens qui se rassemblaient pour m’échapper par la porte principale, profitant du retour d’un groupe de porteurs d’eau. Et nous y voilà. Filant plein Est. Avec la Teigne et ses chiens de garde aux trousses.

Aucune chance d’en réchapper. J’aurais vécu après la fin du monde. Bye Liberty Belle …

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