Le sang et l’encens: prologue

L’odeur. C’est toujours l’odeur qui trahit les morts anonymes dans nos grandes villes de solitude et d’indifférence.
L’absence est un détail, les gens les plus proches nous sont toujours transparents. On ne veut pas les voir, on souhaite sa « tranquillité ». Fini le temps où nos portes étaient ouvertes, le temps ou l’on criait d’entrer au quidam frappant à notre carreau.  On ne nuit pas au voisinage sans réveiller l’ire de tout un palier, bien avant que trop d’absence ne fasse naitre de l’inquiétude.

crime
Pour sûr, ce n’était pas quelqu’un de très fréquentable, on le disait un peu raciste, un peu drogué, souvent mal entouré et parfois bruyant. Aussi, son silence avait été vécu comme un soulagement pour les voisines du dessous, un répit dans le trouble anormal de voisinage qu’elles avaient parfois signalé aux autorités du secteur.

Il n’y avait pas de mots assez forts pour décrire cet effluve, mélange de rance et d’âcre, qui se dégageait des locaux du dérangeant voisin. Ça sent tout simplement la mort, le sang coagulé, ça nous laisse imaginer notre devenir à tous, les vers, les mouches, plus rien. Quand on est homme de terrain, on envisage, avant même d’entrer, ce qui nous attend une fois la porte brisée.

Comments are closed.