Ch.4: Granny-Smith et lie-de-vin

– Ma Momone -oui, quand elle se parle à elle-même, elle se surnomme momone- c’est l’bon diou qu’a ouvert les grandes eaux pour qu’tu trouves la réserve d’boutanches de l’ancien taulier du bouibouis ! Dans ton cul l’fiston ! Ce soir chez Momone, c’est soirée gnôle ! Mais n’avant, faut-y que j’coupe l’ieau.

bouteilles

Notre vieille pomme fripée s’avance, telle le Titanic vers son iceberg, jusqu’aux deux manettes qui semblent pouvoir juguler le flot qui inonde ses pantoufles et le parquet d’une bonne partie de la maison. Le navire Granny-Smith va apponter, petit pas par petit pas. Trois. Deux. Un. Impact. La voilà prête à se pencher pour fermer les vannes. Elle abaisse la première, mais c’est sans effet. La source de l’inondation continue à cracher. La deuxième est bien plus bas. Ses os craquent, ses rhumatismes se réveillent, son ostéoporose menace de lui rappeler qu’une hanche, c’est du monobloc. Elle tend la main, se penche dangereusement, elle est à quelques centimètres de finir le nez dans la flotte, sans même avoir pu déboucher un Tariquet. Encore … encore, encore … le pied gauche quitte le sol, la pantoufle se déchausse, elle gagne du terrain sur la seconde manette … voilà, ça y est, elle la tient bien en main … vas-y Momone … OUI!  A la perpendiculaire du tuyau, plus rien ne coule. Elle a réussi malgré son grand âge et sans doute une conspiration céleste qui visait à la faire choir.

– L’ai eue! Qu’est l’con qu’a mis deux bitoniaux su’ltuyau? Encore du jus d’crétin. Comme si j’n’avos pas assez avec eul’mien!

Le sol s’assèche petit à petit, les bacs à fleurs du bas de l’escalier du jardin seront copieusement arrosés, et des nénuphars remplaceront peut être les géraniums l’an prochain, mais peu importe! L’heure est à fêter la victoire. Demi-tour droite, en avant, marche! Une ………………….Deux ……………. Une ……………… Deux ………….Une ….. Ah, hésitation……….Re-une alors ………….. Deux. A vos rangs, fixe!
Après un trajet effectué à la vitesse relative d’un escargot qui remonte une rame de TGV un jour de grève, notre nonna-dégénérée lorgne sur les bouteilles du haut du rack. Vive d’esprit, elle a remarqué, sur le bureau, le tire-bouchon mécanique qui vaincra son arthrose et les vieux bouchons de liège.

D’une main agile, elle attrape la première bouteille. De l’autre, elle attire à elle le vieux fauteuil à roulettes. Aucun verre à portée, sachant que pour Granny-Smith, ses douleurs cervicales et sa vue qui foire, ça couvre une distance de trois mètres sur un angle de douze degrés.

– A l’guerre comme à l’guerre !

Les fesses bien calées, sans que l’on sache si son coccyx grinçât plus que le siège lui-même, elle attaque l’intromission de la pointe métallique dans le goulot bouchonné. Premier tour de vis, second …

Diiiiiiing Doooooooong

 

 

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