Category: Nouvelles

Rencontre (presque) sans paroles

La fumée s’élève doucement, dessinant des femmes et des hommes en volutes, des courbes, des voiles légers, presque transparents. Elle floute mon horizon, m’aidant à imaginer des ailleurs nouveaux ou des réalités transformées et à les coucher sur le papier. Les lignes se remplissent peu à peu d’une histoire qui parle d’amour, de luxure et de peaux qui se collent, dans un demain qui n’existe pas encore. J’ai le stylo prolixe, j’adore le bruit de fond qui m’entoure. Les conversations de comptoir sont des successions de non-sens, et le vide de leur propos ne trouble pas mon imaginaire, quand la régularité du tic-tac d’une horloge arriverait à me faire perdre le fil de mes récits. Lorsque j’écris, je me sens sur un fil, ingénue équilibriste, et un rien peut me faire tomber. Alors, autant choir dans une bonne tasse d’espresso, assise confortablement à la table d’un café du centre-ville. Je perds la notion du temps, le boit souvent froid, mais j’avance, respecte mes délais et enfante sans douleur des pages et des pages de texte. Se vouloir auteure est un travail à plein temps.

Vingt-cinq minutes que j’attends. Enfin, vingt puisque je suis arrivé un peu en avance. Tu parles d’un rendez-vous galant : pas fichue d’être à l’heure à la première rencontre, en voilà une qui marque d’entrée des points. Je ne suis pas patient Lire la suite.Uniquement si vous avez l’âge de ne pas être sage

Votre colère est la mienne

Ce texte était prévu pour un concours, mais il était d’une part hors-sujet, et d’autre part, tellement bien rangé dans mon PC que j’ai oublié de l’envoyer. Je le dédie à mes amis dont sexualité ne rentre pas dans les cases des manifestants liberticides. Vous êtes libres, suivez autant votre cœur que vos envies. Je vous aime et j’aime votre saine colère. Je n’ai pas choisi d’être hétérosexuel parce que ce sont des choses qu’on ne choisit pas. On est ce qu’on est, et on ne choisit que sa liberté.

Bande de vieux cons. Non, je me trompe. Bande de cons. Il n y a pas d’âge pour être con, certains le deviennent plus vite que d’autres. Jeunes cons, cons de soixante-huitards. Cons de réacs, d’étudiants, de racistes, d’homophobes, de pédés. Cons de présents et d’absents. Cons de la dernière averse, cons caduques ou cons débutants, vieux cons des neiges d’antan comme disait le poète. Vous m’emmerdez. Il faut que je sois franc, vous m’emmerdez vraiment, à me regarder là, derrière vos petites lunettes rondes ou carrées, vos lentilles, avec votre gouaille, votre silence, votre avis dont je me fous royalement et dont, pourtant, vous m’abreuvez par hectolitre.

Vous me mettez dans une rage folle, vous faites bouillir mon sang, hurler plus que je ne devrais. Je n’en peux plus de vous entendre, de vous lire et vous écouter, de vous sentir humer mon air, de vous écouter vous taire, pour savoir ci ou ça de moi, des autres, des gens. Je crève de vous voir lever les yeux par dessus votre journal, dévisager sans franchise des reflets dans les vitres du métro, écouter mes conversations ou les commérages. (suite…)

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Elle dessine

Très court texte écrit pendant le salon, dans un des nombreux temps calmes, en regardant du coin de l’œil une jeune dessinatrice, sans doute la benjamine de l’étape, qui a passé son temps entre levés de tête discrets et son carnet à croquis. Elle était là, et n’y était pas. Je ne l’ai vue parler à personne, ni quitter sa chaise non plus, en deux jours. Alors à défaut de l’entendre, j’ai imaginé.

Elle a le sourire timide de celles qui ne savent pas comme elles sont jolies. Presque gênée de rayonner au milieu des âmes fades, elle attend, là, lasse et usée parmi les marchands de papier. Le regard fuyant, elle feint de ne pas vous voir, mais elle guette, observe d’un œil acéré discret, le chaland inoccupé.
Elle griffonne un carnet sans lignes au crayon à papier. Des pleins, des fins, elle multiplie les traits ou les coups de gomme et croque les passants pour sa galerie. Elle les assujettit sous sa mine, les allonge, les rapetisse ou les tord pour qu’à la fin, chacun puisse se glisser au fond de sa poche.
C’est une illustratrice, et demain elle vous fera revivre, plus fort, plus vite, ailleurs. Vous étiez promeneurs, vous deviendrez commissaires, voleurs, mourants ou super-héros. Peut-être tout cela à la fois. Vous serez le cœur battant d’aventures extraordinaires, celles qu’en réalité vous ne vivrez jamais. Vous serez ses supports à imaginaire, les véhicules de sa pensée esquissée, qui transportera ses lecteurs vers de virtuels ailleurs. Elle crée des mondes, et vous y fait vivre. Elle dessine.

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Avant la nuit

Sur la demande d’une collègue de travail, voici une nouvelle aventure de la demoiselle aveugle dont vous avez fait connaissance dans le texte « Nuit ». Nous voilà donc quelques jours avant la rencontre entre Antoine et Chiara. Nous sommes par ailleurs le 25 Novembre, journée internationale pour l’éradication de le violence à l’égard des femmes. Bonne lecture

Quand j’ai perdu la vue, j’ai cru que le monde s’effondrait. Franchement, j’aurais préféré me couper un bras, ou même, mourir. C’est dur à entendre, mais c’est ainsi. Je suis passée du monde des valides, à celui, avec tout le péjoratif que j’y mettais, des « handicapés ». J’avais vingt-cinq ans et ce fut le pire anniversaire de ma vie. J’avais tout : du talent, un physique agréable, une tête bien faite, un homme qui, je le croyais, m’aimais. Et j’ai absolument tout perdu en une seule nuit d’été deux-mille-dix.

Il était dix-sept heures, et je rentrais du travail. Je suis développeuse en logiciels informatiques dans une firme italienne reconnue, j’avais un bon poste, intéressant, financièrement et personnellement enrichissant. J’étais une grande et belle italienne, de celles qui parlent avec les mains, qui cuisinent comme les mammas de chez moi, qui ont un tempérament de feu et les cheveux bruns. Je roulais à tombeau ouvert sur les routes de mon pays, sous un soleil éternel. Je consommais les hommes, je n’étais pas une sainte, j’avais un attrait pour tous les plaisirs, toutes les expériences. Je mordais la vie à pleines dents, osais comme osent les jeunes gens insouciants. Jusqu’à ce qu’il me mette en cage. Lire la suite.Uniquement si vous avez l’âge de ne pas être sage

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Nuit

Trois mois que je la connais, trois mois que je suis tombé sous son charme. Son rire, son parfum de vanille, l’espace qu’elle remplit de sa présence, son esprit affûté, sa repartie… j’aime tout en elle.

J’ai osé, elle a dit oui, mais…

Ce soir, je me suis donc mis sur mon trente-et-un. J’ai l’air d’un adolescent qui se rend à son premier bal. Préparé, dans mon plus beau costume, ma plus belle chemise, parfumé. J’ai même des sous-vêtements neufs. Je suis paré à toute éventualité. J’avance à tâtons dans ce long couloir que je ne connais pas et qui mène à son appartement. À ma grande surprise, elle a accepté ma proposition de rendez-vous, à la première condition qu’il se passe chez elle. C’est bien la première fois qu’une femme me propose une telle chose d’ailleurs. Sans doute a-t-elle besoin d’un environnement rassurant. J’y suis, le doigt levé, prêt à actionner le bouton de la sonnette. J’ai le cœur qui bat à deux cent, le souffle un peu court après avoir monté les quelques marches qui mènent à son logement. Je n’ai pas le temps d’appuyer qu’elle m’ouvre, comme si elle avait senti ma présence.

Sa voix est chantante, je ressens le plaisir qu’elle a à m’accueillir, elle porte son sourire jusqu’à mes oreilles. Comme elle est belle.

Come stai ? Je t’attendais.

– Je vais bien et toi ? Ravi que tu aies accepté que l’on se voie ce soir.

– Je te débarrasse ?

Je lui tends mon manteau, et le bouquet de roses qu’elle s’empresse d’aller mettre dans un vase.

– Merci pour les roses, leur parfum est magnifique.

– Pas tant que le tien.

Affascinante.

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Ah, on est référencés à la FNAC !

http://livre.fnac.com/a7832353/Collectif-Tintamarre-des-sens#st=TINTAMARRE%20DES%20SENS&ct=Tous%C2%A0produits&t=p

 

 

 

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Trop brève rencontre

L’horloge électronique égraine ses pions rouges un à un. La nuit est longue, très longue. Les gens vont bien. Leur temporaire bonne santé est une petite mort pour un service d’urgence comme le mien. Un C.R.R.A, voilà comment les initiés l’appellent. Centre de réception et de régulation des appels.
Pour les autres, c’est le « 15 », service de la détresse vitale comme de l’ivresse publique manifeste.
C’est le siphon, celui par lequel s »écoule le flot incessant des demandes de secours, plus ou moins justifiées. Au bout du fil, un Assistant de Régulation Médicale, une sorte de standardiste, mais qui serait capable de faire le tri entre la mamie qui demande -s’il vous plaît en m’excusant de vous déranger- un petit peu d’aide pour son mari qui « ne va pas bien », doux euphémisme pour nous dire qu’il se noie dans ses sécrétions bronchiques, et le jeune homme -dépeche toi Bâtard plutôt que poser des questions bouge ton cul d’fonctionnaire- qui appelle pour sa copine qui a une angine non examinée qu’elle traîne depuis huit jours; qui serait capable d’expliquer la réalisation d’un massage cardiaque à un béotien, ou vous trouver un médecin de garde pour votre renouvellement d’ordonnance à trois heures du matin.
Dans ce torrent qui se déverse, beaucoup de périodes de crues, et quelques rares accalmies. Et pour une fois, l’accalmie, c’est ce soir. (suite…)

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New Sing-Sing

Des trombes s’abattent sur la cité rouge. Tout est boue et vapeur, l’air aussi lourd que la mélasse dans laquelle ils pataugent. Les conditions de vie comme de travail ici sont inhumaines, mais ceux qui vivent là sont considérés comme moins que des hommes. Ce sont des forçats, des condamnés à l’exil et au bagne, l’engeance enfantée par une société qui ne les reconnait plus comme les siens. Et du haut du miradors, j’attends qu’ils fassent un pas de travers. Sur New Sing-Sing on cultivait la peur et une mort à petit feu.
Les hauts-parleurs diffusent une douce litanie, le déluge en couvre le bruit. De toute manière, je ne supporte pas plus que les autres la voix de l’humanoïde Elam Lynds. L’entendre répéter ses consignes m’agace plus que tout. « Soyez pacifiques. Ne vous approchez pas des échelles électrifiées. Respectez les consignes écrites. Votre liberté est à ce prix…. ». Des banalités à rendre fou n’importe quel être humain, qu’il soit gardien ou bagnard. Mais de tout ce qui a un coeur, ils s’en foutent. Dans ce miasme audio, le pire c’était tout ça: ces cris de douleur, ces gens qu’on torture sans doute, ces hurlements qui s’achèvent sur des silences plus horribles encore. Ces grésillements du très haut voltage qui nous sépare la plupart du temps des détenus.

Il pleut de l’acide maintenant depuis six semaines, c’est la saison. (suite…)

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Fade to Black

« Fade to black » est un de mes premiers RP (Role Play). Il doit avoir cinq ou six ans maintenant. Vous y découvrirez mon tout premier personnage dans le jeu Fractal (www.fract.org). Un personnage prénommé Jerk. Bonne lecture, et excusez la maladresse de l’écriture

Sujet: Fade to black Lun 5 Jan – 15:27

[grande capitale européenne, début des années 2000. Grand bar, people, jet set, costards cravates et filles debout sur les podium dans des tenues plus que sexy…]

La nuit est fraiche. Mais à l’intérieur il fait plus que chaud. Comme tous les soirs, il fait le tour du propriétaire…Il se penche à l’oreille du videur..

-Hy guy…

Tom lui sourit. Il lui a filé du travail il y a quelques années. Venu de sa banlieue ouvrière, il ne savait rien faire ou presque. Quand on a une carrure comme la sienne, on est toujours bon à quelque chose. Lire la suite. Seulement si vous en avez l’âge

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[-18] Les chouquettes

La télé émet, comme chaque soir les derniers grésillements de son activité diurne. Monsieur termine son journal, se lève et appuie, machinalement, sur l’interrupteur. Et comme chaque soir à la même heure, j’ai quitté mon tailleur de secrétaire pour ma vie de femme d’intérieur. La cuisine est mon second empire.

 

Chouquettes au curare

Chouquettes au curare

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