Bas-nylon

Un petit avant-goût de la nouvelle sur laquelle je travaille. Elle vous plait ?

La grande avenue est vide. Il est tard et les lampadaires lui donnent un air blafard que le crachin local n’arrange pas. C’est l’automne. Elle avance, intimidée. Quelques pas séparent la station de métro de la grande vitrine vers laquelle elle se dirige. C’est sa première fois. Elle y pense depuis longtemps pourtant, mais franchir le pas… rien d’évident. Elle a un peu peur. Motivée, elle l’est pourtant. Elle va le faire, pour elle, et surtout pour la douce Paulette. Les derniers mètres sont les plus durs à faire. Elle se sent toute petite devant la façade blanche aux baies immenses, closes par un store métallique juste assez ajouré pour qu’on devine la lumière au travers. La chair de poule la gagne, la peau de ses jambes nues frissonne à vue d’œil. Il est temps de se mettre au chaud.

Elle pousse sur la poignée, qui lui résiste. Fermé. Évidemment dans ce genre de boutique comme ailleurs, à vingt-et-une heures les portes sont closes. Tremblante, elle monte le doigt vers la sonnette et appuie. Le cri étouffé d’un vieux carillon vient mourir à ses oreilles, et quelques secondes après déboule une petite demoiselle au look explosif. Deux tours de verrou plus tard, c’est d’une voix guillerette qu’on l’accueille.

– Entre, je t’en prie. Je ferme toujours la porte, dans le quartier à cette heure-ci on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Je t’attendais. On se pose là ?

Elle l’invite à prendre place sur le canapé d’angle posé dans un coin de la grande pièce. C’est l’accueil de la boutique, mais le fauteuil sert plutôt de lieu d’attente que de travail. Les clients sont d’habitude reçus sur les sièges de plastique situés face aux bureaux. Aux murs, des tableaux de corps nus et musclés. Jeunes hommes et jeunes femmes de toutes origines. Un bel éphèbe africain retient son attention. Son regard l’accroche, presque inquisiteur. Le sourire dessiné la rassure cependant.

– Café ? Thé ? Coca ?

– Un café, merci. Noir et sans sucre, lui répond-elle d’une voix tremblotante.

– Ravie de te rencontrer après tout ce travail par messagerie interposée. La route n’a pas été trop chiante ?

– Je déteste la ville et ses bouchons, mais bon, je suis là pour me faire plaisir, faut bien souffrir un peu avant !

Le rire mutin de l’hôtesse résonne dans la pièce vide. Les petites rides qui se dessinent au coin de ses yeux verts lui donnent un air encore plus fripon. Elle est définitivement charmante. Une petite dame de la trentaine, cheveux roses d’un côté, rasés de l’autre, et fringues de collégienne anglaise. Jupette et bottines, chemise cintrée largement ouverte sur une poitrine menue.

– Je fais les cafés et je sors les dessins. On termine de bosser dessus le cul sur les coussins ? Tu me diras si tu as besoin que je ressorte les crayons ou si on se lance ensemble de suite. Et puis détends-toi, fais comme si on était entre copines ! Pas de stress !

…la suite ? Bientôt !

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