Mois : décembre 2014

Tintamarre des Sens

Image sans commentaire. Si ce n’est que ça fait toujours du bien à son petit coeur 😀

Tintamarre des Sens

Ch 7 Granny-Smith : le beau Julien Lepers

Qu’il est beau, le doigt tendu vers le téléspectateur, nous désignant comme complices de sa malice, comme partenaires d’animation de son jeu de questions alambiquées. Qu’il a l’air fier, dans son costume taillé sur-mesure, cintré sur sa taille fine, d’un noir brillant, presque pailleté. Qu’elle lui sied, cette jolie cravate à rayures bleues et roses sur sa chemise d’un blanc immaculé. On dirait un premier communiant de soixante balais, l’âge auquel Granny-Smith les trouve tout à fait à son goût. Ses yeux bleus la font fondre et couler au fond de son siège, tant qu’elle se sent un peu groggy, comme secouée, presque assommée. Ah, ce sourire charmeur d’éternel jeune… Rien que de l’entendre parler de « quatre à la suite », elle se remémore comme son homme savait y faire, parfois deux fois à la suite. C’est déjà pas mal. Il représente le gendre tellement idéal qu’elle le piquerait à sa fille, si bien sûr elle en avait eu une. Mais bon, le grand cornichon lui avait bien suffi, on ne peut pas se punir deux fois pour le mal qu’on va faire (même si on le fait avec plaisir).Julien Lepers (suite…)

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Plic-ploc fait la pluie

J’adore le cliquetis des gouttes d’eau qui pianotent à ma fenêtre. Je reste là à écouter leur douce musique, faite de plics et de plocs. Mozart, Rachmaninov, allez vous rhabiller, jamais votre oreille n’entendra plus douce mélopée, jamais les doigts de vos interprètes les plus illustres ne fileront plus vite sur les blanches et les noires que l’eau sur mes vitres. Et tout ça, simplement, parce que c’est sous cette douce musique que je l’ai aperçue pour la première fois. Ces sons là parlent à mon cœur mieux que vos concertos. Ils tordent mon ventre comme vous ne saurez jamais le faire.

C’était dans les premiers frissons de l’automne, quand il pleuvait par période de 10 jours sur la jolie Place aux Oignons. Les pavés brillaient, les lumières s’allumaient tôt, et les touristes qui découvraient Lille le faisaient sous un parapluie ou un imperméable. Et moi dans tout ça, je tuais mes soirs assis bien au chaud, sur le rebord de ma fenêtre, un livre inutile à la main, un chat persan voyageur à mes côtés, à regarder s’ébrouer le monde un peu plus bas : ce couple qui se chamaillait, cette mamie qui dodelinait d’un pas lent en remontant vers la Déesse, ces passant qui passaient, plus ou moins bien dans leur peau et dans leur tête, cet homme volage qui circulait au même endroit avec deux femmes différentes sous le bras à quelques heures d’intervalle, ces touristes qui faisaient marcher le commerce local en abreuvant de leurs devises les boutiques de luxe du quartier.

Un soir de pluie, donc, mon cœur est tombé par la fenêtre. Une chute de trois étages, sans filet, pour atterrir à ses pieds. Le temps s’était arrêté et la fraction de seconde seulement si vous avez l’âge de ne plus être sage

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Protégé : Ch.4 Le sang et l’encens : le cachectique

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Ch 3 Le Sang et l’Encens : Ubud

La chaleur est étouffante, mais le petit vent qui souffle rend agréable cette jolie aube. Le soleil pointe à peine le bout de son nez et éclaire les volcans environnants, peignant d’or les lèvres de leurs cratères endormis. Autour, la nature est de vert vêtue. C’est la belle saison, celle des fruits qui commencent à mûrir, des récoltes de riz et des touristes à foison. Dans une feuille de cocotier pliée, quelques fleurs de frangipanier, des pétales multicolores, et un bâton d’encens qui fume. Elle dépose l’ensemble à même le sol, sur la Jalan Tirta Tawar. Une offrande aux dieux, un cadeau, qu’elle accompagne d’une petite feuille de papier griffonnée et pliée plusieurs fois, qu’elle laissera bruler. Un peu d’ici, un peu de là bas.
Les volutes de fumées vont s’élever, et porter sa prière aux Dieux.

Elle va monter sur son scooter avec deux de ses amies, slalomer entre ses compatriotes et se rendre dans les ateliers de sculpture sur bois. Elle travaillera sur une magnifique représentation de Ganesh dans un énorme morceau de Santal, qu’elle devrait avoir terminée dans la semaine. Si seulement le dieu-éléphant pouvait lui venir en aide…
A coup de ciseaux à bois, le demi-tronc calé entre ses cuisses, elle façonnera les moindres détails, les fleurs, les feuilles et chaque ride du visage. Ici, tous les habitants sont des artistes.

Elle prendra une courte pause, pour aller se chercher une portion de nasi goreng dans un warung non loin de là, la petite roulotte à nourriture tenue par son ami Acep. Elle en profitera pour discuter un peu, et enterrer derrière un sourire tellement local ses soucis. Et puis elle repartira travailler ce bois précieux à l’odeur envoûtante, aussi sourire encore aux visiteurs effrayés de la voir jouer du ciseau et du marteau à quelques centimètres de ses cuisses qui enserrent l’objet.

Enfin, le soleil commencera à descendre derrière les colonnes, et les éclairages blafards ne suffiront plus à ses yeux vieillissants. Elle posera ses outils, ira attendre face à la boutique que ses amies Ni Si Wayan et Ni Si Made. Au loin, un muezzin entonnera l’appel à la prière du soir, et sur son chapeau de paille quelques gouttes de pluie commenceront à tomber, apportant de la fraîcheur à l’atmosphère si lourde.

Chaque journée copie la précédente. Une seule chose à changé : il n’est plus près d’elle. Pour ceux qu’il croisera, elle a peur. Leur sang coulera.

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Rencontre (presque) sans paroles

La fumée s’élève doucement, dessinant des femmes et des hommes en volutes, des courbes, des voiles légers, presque transparents. Elle floute mon horizon, m’aidant à imaginer des ailleurs nouveaux ou des réalités transformées et à les coucher sur le papier. Les lignes se remplissent peu à peu d’une histoire qui parle d’amour, de luxure et de peaux qui se collent, dans un demain qui n’existe pas encore. J’ai le stylo prolixe, j’adore le bruit de fond qui m’entoure. Les conversations de comptoir sont des successions de non-sens, et le vide de leur propos ne trouble pas mon imaginaire, quand la régularité du tic-tac d’une horloge arriverait à me faire perdre le fil de mes récits. Lorsque j’écris, je me sens sur un fil, ingénue équilibriste, et un rien peut me faire tomber. Alors, autant choir dans une bonne tasse d’espresso, assise confortablement à la table d’un café du centre-ville. Je perds la notion du temps, le boit souvent froid, mais j’avance, respecte mes délais et enfante sans douleur des pages et des pages de texte. Se vouloir auteure est un travail à plein temps.

Vingt-cinq minutes que j’attends. Enfin, vingt puisque je suis arrivé un peu en avance. Tu parles d’un rendez-vous galant : pas fichue d’être à l’heure à la première rencontre, en voilà une qui marque d’entrée des points. Je ne suis pas patient Lire la suite.Uniquement si vous avez l’âge de ne pas être sage

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Ch.6: Super Granny-Smith

Par le judas, elle les observe quitter les lieux. Le ton est haut entre le fils et la belle-fille, ça râle, pour ne pas dire, ça s’engueule. Elle adore ça, elle jubile mémé. Ces grippe-sous ne devraient pas repasser avant leur départ en vacances. D’ailleurs, pas sur que la belle-fille remette un jour les pieds dans la maison de Granny-Smith. Cette fois elle a fait fort. Bon, le café salé qu’elle leur avait malicieusement servi, le sable dans les sablés qu’elle avait réalisé (elle s’en fout, elle déteste les sablés, ce sont des gâteaux pour gâteux)… ils avaient mis tout ça sur le dos d’un Alzheimer débutant. La fois où elle les avait appelé, trois nuits de suite, à quatre heures du matin, pour savoir quelle heure il était -oui, bon, le réveil est posé à côté du téléphone et fonctionne à merveille-, ils avaient mis ça sur le dos de l’angoisse de la mamie seule. En même temps, il ne fallait pas oublier sa fête, et puis c’est tout !
Mais là, réussir à les virer avant même qu’ils soient entrés, ça la faisait jubiler intérieurement. Granny-Smith Un-Zéro pour les jeunes malpolis. (suite…)

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Un salon du livre exceptionnel.

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Votre colère est la mienne

Ce texte était prévu pour un concours, mais il était d’une part hors-sujet, et d’autre part, tellement bien rangé dans mon PC que j’ai oublié de l’envoyer. Je le dédie à mes amis dont sexualité ne rentre pas dans les cases des manifestants liberticides. Vous êtes libres, suivez autant votre cœur que vos envies. Je vous aime et j’aime votre saine colère. Je n’ai pas choisi d’être hétérosexuel parce que ce sont des choses qu’on ne choisit pas. On est ce qu’on est, et on ne choisit que sa liberté.

Bande de vieux cons. Non, je me trompe. Bande de cons. Il n y a pas d’âge pour être con, certains le deviennent plus vite que d’autres. Jeunes cons, cons de soixante-huitards. Cons de réacs, d’étudiants, de racistes, d’homophobes, de pédés. Cons de présents et d’absents. Cons de la dernière averse, cons caduques ou cons débutants, vieux cons des neiges d’antan comme disait le poète. Vous m’emmerdez. Il faut que je sois franc, vous m’emmerdez vraiment, à me regarder là, derrière vos petites lunettes rondes ou carrées, vos lentilles, avec votre gouaille, votre silence, votre avis dont je me fous royalement et dont, pourtant, vous m’abreuvez par hectolitre.

Vous me mettez dans une rage folle, vous faites bouillir mon sang, hurler plus que je ne devrais. Je n’en peux plus de vous entendre, de vous lire et vous écouter, de vous sentir humer mon air, de vous écouter vous taire, pour savoir ci ou ça de moi, des autres, des gens. Je crève de vous voir lever les yeux par dessus votre journal, dévisager sans franchise des reflets dans les vitres du métro, écouter mes conversations ou les commérages. (suite…)

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Elle dessine

Très court texte écrit pendant le salon, dans un des nombreux temps calmes, en regardant du coin de l’œil une jeune dessinatrice, sans doute la benjamine de l’étape, qui a passé son temps entre levés de tête discrets et son carnet à croquis. Elle était là, et n’y était pas. Je ne l’ai vue parler à personne, ni quitter sa chaise non plus, en deux jours. Alors à défaut de l’entendre, j’ai imaginé.

Elle a le sourire timide de celles qui ne savent pas comme elles sont jolies. Presque gênée de rayonner au milieu des âmes fades, elle attend, là, lasse et usée parmi les marchands de papier. Le regard fuyant, elle feint de ne pas vous voir, mais elle guette, observe d’un œil acéré discret, le chaland inoccupé.
Elle griffonne un carnet sans lignes au crayon à papier. Des pleins, des fins, elle multiplie les traits ou les coups de gomme et croque les passants pour sa galerie. Elle les assujettit sous sa mine, les allonge, les rapetisse ou les tord pour qu’à la fin, chacun puisse se glisser au fond de sa poche.
C’est une illustratrice, et demain elle vous fera revivre, plus fort, plus vite, ailleurs. Vous étiez promeneurs, vous deviendrez commissaires, voleurs, mourants ou super-héros. Peut-être tout cela à la fois. Vous serez le cœur battant d’aventures extraordinaires, celles qu’en réalité vous ne vivrez jamais. Vous serez ses supports à imaginaire, les véhicules de sa pensée esquissée, qui transportera ses lecteurs vers de virtuels ailleurs. Elle crée des mondes, et vous y fait vivre. Elle dessine.

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