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Bas de Soi.

*** Cadeau pour la nouvelle année. Un texte dont je récupère les droits puisque le changement de distributeur a été l’occasion pour les Éditions du 38 de rendre leur liberté aux écrits des collectifs Paulette.
Du coup, moi, je vous l’offre puisqu’elle n’est plus disponible en ligne. J’en ai une ou deux autres en stock, bande de chanceux ! ***

*** Attention, c’est un texte pour adultes ! ***

La grande avenue est vide. Il est tard et les lampadaires lui donnent un air blafard que le crachin local n’arrange pas. C’est l’automne. J’avance, intimidée. Quelques pas séparent la station de métro de la grande vitrine vers laquelle je me dirige. C’est ma première fois. J’y pense depuis longtemps pourtant, mais faire ce pas… rien d’évident. J’ai un peu peur. Motivée, je le suis pourtant. Je vais le faire, pour moi, et surtout pour la douce Paulette. Les derniers mètres sont les plus durs à franchir. Je me sens toute petite devant la façade blanche aux baies immenses, closes par un store métallique juste assez ajouré pour qu’on devine la lumière au travers. La chair de poule me gagne, la peau de mes jambes nues frissonne à vue d’œil. Il est temps de me mettre au chaud.

Je pousse sur la poignée, elle me résiste. Fermé. Évidemment dans ce genre de boutique comme ailleurs, à vingt-et-une heures les portes sont closes. Tremblante, je monte le doigt vers la sonnette et appuie. Le cri étouffé d’un vieux carillon vient mourir à mes oreilles, et quelques secondes plus tard déboule une petite demoiselle au look explosif. Deux tours de verrou et c’est d’une voix guillerette qu’elle m’accueille.

– Entre, je t’en prie. Je ferme toujours la porte, dans le quartier à cette heure-ci on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Je t’attendais.

Du geste, elle me propose de me séparer de ma veste trois-quarts beige et de mon sac à main.

– On se pose là ?

Elle m’invite à prendre place sur le canapé d’angle posé dans un coin de la grande pièce. C’est l’accueil de la boutique, mais le fauteuil sert plutôt de lieu d’attente que de travail. Les clients sont d’habitude reçus sur les sièges de plastique situés face aux bureaux. Aux murs, des tableaux de corps nus et musclés. Jeunes hommes et jeunes femmes de toutes origines. Un bel éphèbe africain retient mon attention. Son regard m’accroche, presque inquisiteur. Le sourire dessiné me rassure cependant, j’aurais presque envie de répondre à toutes les questions qu’il pourrait me poser.

– Café ? Thé ? Coca ?

– Un café, merci. Noir et sans sucre.

– Ravie de te rencontrer après tout ce travail par messagerie interposée. La route n’a pas été trop chiante ?

– Je déteste la ville et ses bouchons, mais bon, je suis là pour me faire plaisir, faut bien souffrir un peu avant !

Le rire mutin de l’hôtesse résonne dans la pièce vide. Les petites rides qui se dessinent au coin de ses yeux verts lui donnent un air encore plus fripon. Elle est définitivement charmante. Une petite trentaine, cheveux roses d’un côté, rasés de l’autre, et fringues de collégienne anglaise. Jupette et bottines, chemise cintrée largement ouverte sur une poitrine menue. Sexy à en tomber de plaisir sous ses doigts.

– Je fais les cafés et je sors les dessins. On termine de bosser dessus le cul sur les coussins ? Tu me diras si tu as besoin de retouches ou si on se lance ensemble de suite.

– Moi ça me semblait déjà pas mal, mais vas-y montre-moi tout !

– Ne me tente pas, on se connaît à peine…

Se laisser aller sous des mains expertes, s’abandonner et faire confiance lui semblait désormais un peu plus simple. Bonne commerciale, la demoiselle savait faire tomber la distance naturelle entre la cliente et la professionnelle avec charme, et mettre à la place chaleur et humour.

Le temps d’un vrombissement de machine à café, elle sort d’une pochette cartonnée un grand Canson et le pose sur la table ; une feuille de papier noircie d’un dessin un peu particulier.

– Alors ?

– J’adore. Encore plus beau maintenant que tu l’as terminé !

– T’es sûre, on ne change rien ?

– Rien !

– Y’a plus qu’à !

J’emmène le café avec moi dans l’arrière-salle, je le pose sur la cheminée et commence à me déshabiller doucement sans attendre qu’elle me le demande.

– Mets-toi à l’aise et vire le bas. On en a pour un bout de temps.

La jupe tombe au sol. J’ai l’air plutôt sexy dans mes godasses Michel Perry et mes sous-vêtements Victoria’s Secret. Allez, je dirais même que je suis canon.

– Tu peux m’aider pour mes bottes ?

Contrairement à la B.B de Gainsbourg, bottée jusqu’en haut des cuisses comme un calice à sa beauté, je me suis contentée de cavalières. Parfait accord avec ma jupe courte, mais difficiles à enlever toute seule. Elle s’approche, chevauche ma cuisse et me tourne le dos pour glisser entre ses jambes mon pied. Le froid du cuir pourrait la faire tressaillir mais elle ne montre rien. Enfin, rien… c’est vite dit. Dos à moi, penchée vers l’avant, ses fesses se découvrent et s’offrent à ma vue. Elle tire en poussant un petit soupir d’effort charmant. Je lui offre la suivante, qu’elle ôte sans soucis.

– T’es prête ?

– C’est parti…

Ma voix est serrée et je déglutis avec difficulté. La pression monte, tout comme cette sensation d’être sur le fauteuil du dentiste.

– Hey, on se détend miss. Tu verras, tu vas adorer. Allonge-toi sur le fauteuil et laisse-moi faire. Tu t’installes là sur le ventre, tu gardes une jambe dessus, et tu écartes l’autre et la poses sur le pouf. Moi je vais me glisser entre les deux.

J’ai le rouge qui me monte aux joues. Elle est quand même extrêmement tendancieuse dans ses propos, la demoiselle. J’imagine le nez de Paulette se retrousser de colère si elle pouvait entendre tout ça. Partageuse quand elle est là, exclusive quand elle ne l’est pas. Je prends place, sage et tendue.

– On en a pour trois bonnes heures, alors si tu as besoin d’aller pisser, de faire une petite pose ou quoi que ce soit, n’hésite pas. On n’est pas aux pièces de toute manière, je t’ai réservé toute ma soirée. Et t’inquiète pas si tu vois mon collègue passer, il dessine dans la pièce derrière, et il a déjà vu plus d’un cul allongé là.

– T’en fais pas, je ne suis pas pudique.

– Avec un corps de déesse pareil, tu aurais tort de l’être.

Le plastique des gants claque sur ses mains, et sur le haut de ma cuisse elle étale une sorte de crème désinfectante. Elle vient ensuite appliquer un calque de son dessin quelques centimètres sous ma croupe qu’elle retire aussi vite. C’est chaud et agréable. Je sursaute et elle rit. La machine vient de se mettre en route et pour quelques secondes je m’imagine à nouveau chez le dentiste. Un vrai bruit de fraise. J’en ai d’un coup mal aux dents. Heureusement la présence de ce buste féminin entre mes guibolles avant-bras posés sur le bas de ma fesse d’un coté et sur mon mollet de l’autre me rassure et me réchauffe intérieurement.

-Va falloir un quart d’heure pour que la peau s’habitue à la sensation. Et après ça va rouler tout seul. Compte sur moi pour te détendre si besoin, c’est toujours meilleur quand on est zen. Je vais commencer par le tracé de la jarretière avec l’inclusion du prénom, le nœud et les dentelles, et je viendrai poser les plumetis sur toute la jambe. Souffle un coup, je démarre. On va aller aussi loin que possible, mais de toute manière il te faudra plus d’une séance.

Grande fille, je serre les dents pour ne laisser passer sous l’impact de l’aiguille du dermographe qu’un léger gémissement. Deux grands miroirs posés au pied du mur me permettent de voir se dessiner un sourire sur le visage de la tatoueuse. C’est officiel, elle est sadique.

– T’as un joli cul dis donc ! Tu fais du sport ?

– Rien du tout. J’ai horreur de ça. J’ai juste du bol et la génétique fait le reste. Et merci pour le compliment !

– Et t’as une vraie peau de poulet. Le rendu va être superbe.

L’aiguille s’acharne, trait par trait, point par point, pour reproduire une version dessinée du célèbre bas de soie plumetis de chez Cervin. Une jarretière dentelle assez large, et une myriade de petits piquetages géométriquement disposés sur toute la jambe. Une merveille qu’adore Paulette.

– Paulette, c’est le prénom de ta copine ?

– Disons que c’est une camarade de jeu depuis l’adolescence. Une amie très… très proche.

– Jalouse ?

– On partage pas mal de choses, alors parfois oui, un peu, mais bon, on reste assez lib…

Mon dernier mot n’est pas terminé que je sens sa main remonter entre mes cuisses. Pour tendre ma peau ? Pas certain. Son outil de torture court sur ma couenne, et je sens son petit doigt effleurer les élastiques de ma culotte. Je ne sais plus si je frissonne de douleur ou d’excitation. J’écarte un peu plus la jambe posée sur le pouf. Oui, c’est une invitation. Elle me répond par un sourire mais n’arrête en rien sa tâche. Ce soir, j’aurai une bonne partie de ma jambe droite tatouée d’un bas de soie magnifique, et Paulette ne pourra plus me les arracher. D’ailleurs je ne sais pas si ce sont mes pensées à ma douce Paulette qui m’emmènent plus loin encore dans mes fantasmes ou l’aiguille perçant ma peau qui trouble mon esprit, mais j’ai envie d’amour. Perdue dans mes pensées, les minutes passent et le délicat tissu de ma culotte doucement s’imbibe. Entre les cuisses une petite auréole commence à naître.

– Ça va, pas trop mal ? La douleur doit avoir quasiment disparu là. On y est depuis une petite heure, et généralement les clients commencent à y trouver du plaisir.

Je vois exactement ce qu’elle veut dire. La frontière entre les deux est si ténue que je bascule petit à petit. Bien sûr j’appréciais déjà les douces fessées de Paulette, mais je ne me voyais pas pour autant adepte du masochisme. L’aiguille qui me fait mal… me fait du bien, et entre mes cuisses, il fait chaud et humide. Je sens qu’elle en profite pour écarter un peu plus ma culotte. Une lèvre dépasse désormais de la toile fine. Elle la caresse tout en gravant ma peau. J’ai peur du moment où le tracé de la jarretière sera terminé et où elle entamera les points sur ma jambe, loin de mon petit chat.

– Pas mal non. J’avoue que je trouve ça grisant. Je ne vois pas grand-chose, tu en es où ?

– L’avant de la cuisse est tracé. Reste l’arrière et les points sur toute la jambe. Tu veux une petite pause ?

– Pas de refus. Je m’ankylose à ne pas bouger. Et je commence à avoir un petit creux. T’aurais pas un truc à grignoter ? Une petite douceur ?

– Pour les douceurs, j’ai toujours ce qu’il faut…

Derniers mots pleins de sous-entendus. Mon sourire lui offre la réponse qu’elle attendait. D’un quart de tour lent vers la gauche, et sans quitter mon regard, elle vient écarter ma petite culotte. Doucement sa bouche descend, et elle pose un baiser au sommet de mon pubis. Carnivore, je sens ses dents qui délicatement marquent ma peau, et sa langue jouer contre l’ouverture que je lui offre. Elle se fait une place. Ma main vient chercher ses cheveux et mes genoux remontent de chaque côté de son visage. Le contact avec la partie courte de sa coupe de cheveux me donne l’impression qu’un homme m’aime, et quand je passe sur ses mèches longues, c’est une femme qui me lèche. Elle m’offre une expérience nouvelle et passionnante.

– Ne t’arrête pas.

Pour unique réponse le mouvement de sa langue qui a trouvé le passage. Mon clitoris pointe, elle le titille, le caresse, en fait le tour, descend et remonte, passant entre grandes et petites lèvres. Je sens le liquide qui coule sur mon plancher pelvien, mélange de sa salive et de mon foutre féminin. Je serre les fesses. Ma respiration devient plus sourde et plus profonde. Décidément, les hommes ne sont pour moi que le complément des femmes. J’en ai presque du mal à comprendre ce que Paulette leur trouve. Une fois de temps en temps, oui, mais bon…

Ses incisives qui d’un coup mordillent ma peau me tirent de mes rêveries. Pourquoi diable reviens-je toujours à Paulette ? Ma tatoueuse suce et aspire ma chair dans sa bouche brûlante. J’adore ses mains qui viennent saisir mon cul, son souffle sur mon ventre et évidemment ses baisers. Ses ongles se plantent, tout mon corps devient plus sensible encore à son langoureux cadeau. Je gémis.

– Tu aimes on dirait. Tu en veux un peu plus ?

– Oh oui…

Sous mes fesses, sa main se glisse. Je sens son index qui se promène entre ces deux orifices par lesquels j’aime tant prendre du plaisir. Elle dessine des cercles du doigt pendant que sa langue me fouille du plus profond qu’elle peut. Je suis aux anges… et je pense à Paulette. Je sursaute quand son doigt plonge en moi.

Du fond du salon s’élève une voix masculine.

– Merde les filles, je n’arrive pas à me concentrer. Pourriez pas vous contenter d’un tatouage ? J’ai des dessins à finir moi !

Je suis surprise, mais le sourire doux de ma tatoueuse qui lève la tête me rassure. Elle lui répond.

– Désolée Jimmy. On s’est un peu laissées aller.

– Tu fais chier quand même !

De concert nous éclatons de rire. Je chuchote :

– Jimmy ?

– Mon associé. T’en fait pas, il est un peu habitué à ce que je dérape avec les clientes quand elles sont aussi jolies que toi. Et puis il est pédé comme un phoque. Je n’ai même jamais réussi à le sucer. Il refuse toujours.

– Dommage…

– T’aimes les plans à trois ?

– Oh… si on me tente… trois… quatre…

– En attendant il nous a coupées dans notre élan ce petit con.

– Oui. Va falloir que tu te remettes à tatouer ! Tu as des bas de soie à finir !

– Pour ce soir…

Elle lève la tête, il est déjà minuit passé. Je me redresse et admire ma cuisse. Mine de rien, elle a bien avancé. Vivement la prochaine séance, et les premiers retours de Paulette. Elle ne m’arrachera plus mes bas de soie.

Les grands ne savent pas nous parler.

Voilà, 2015 est sous les cendres, et pour bien faire la bascule, je vous dévoile ma fierté du moment.
Après de longs mois de travail, tant d’écriture que d’illustration… Tadaaaaaaam. Voici « Les grands ne savent pas nous parler »

 

Les grands ne savent pas nous parler couverture

Je suis ravi de vous présenter NOTRE PREMIER LIVRE POUR ENFANTS ! Xav’ Bidule et moi même sommes donc les heureux papas d’un livre autant destiné aux grands qu’aux petits puisqu’il aborde un sujet difficile, celui de la mort d’un proche et de la manière dont l’enfant et les adultes ressentent cette absence.

J’ai proposé ce texte à un concours il y a quelques longs mois de ça, aux Éditions L’Encre Parfumée de Lys. Laure, l’éditrice, a cru en ce texte au point de le refuser pour le concours, mais de vouloir en faire en livre, et même de me proposer d’entamer une collection. J’y travaille au gré de mon inspiration et je tiens à la remercier pour sa patience comme pour sa ténacité ! Comme je tiens à remercier Xav’ Bidule pour son exceptionnel travail d’illustration, plein de douceur, de lumière et d’intelligence, complément idéal du texte. Vous noterez également que la police de caractère utilisée est adaptée aux dyslexiques et leur facilite la lecture.

Les grands ne savent pas nous parler Interieur

J’ai voulu ce texte comme un support, une aide pour les parents dont la famille est confrontée à un décès et qui ont besoin d’expliquer ça aux enfants. Moi, en tant qu’adulte, je me sens toujours en difficulté quand je dois aborder des sujets tristes et difficiles avec mes filles. J’essaie d’y mettre autant de tact que possible, mais… voilà, vous savez comme moi que ce n’est pas évident. Nous sommes Grands, et rien de plus difficile que de parler simplement aux Petits.

Pour commander :

  • En allant dans votre librairie de quartier (vous savez, la petite qui risque de fermer si vous n’y allez plus) et en leur donnant le numéro d’ISBN 979-10-93245-06-5. Votre libraire se le fera livrer à la boutique et vous passerez le récupérer quelques jours plus tard.
  • Sur le site de la Fnac en cliquant sur le lien qui suit : Les grands ne savent pas nous parler
  • Sur le site de la maison d’édition et laissez vous guider. C’est Ici

Si vous voulez une dédicace, suffit de venir me voir avec le livre. Et si vous êtes trop loin, envoyez moi un petit message qu’on s’arrange entre nous.

Merci encore de me suivre, et meilleurs vœux pour cette année 2016 que je vous souhaite pleine d’amis, de partage, de tolérance et d’amour. Soyez heureux !

 

 

 

 

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Concours HF des Halliennales.

C’était un petit concours sympa sur des nouvelles d’Héroïc Fantasy, j’ai pris du plaisir à y participer. Bientôt je vous mettrai le lien vers les textes gagnants des Halliennales d’Octobre 2015.

affdecoup

 

Voici déjà leur bouilles de vainqueurs !

http://www.halliennales.com/les-laureats-du-concours-de-nouvelles-2015/
En attendant, voici le mien, qui n’a pas été retenu (à vrai dire je m’en doutais, c’était plus pour le défi d’écrire dans un domaine que je ne maitrise pas qu’autre chose).

Choisir

Là, un mouton.

Ici, un cheval qui galope vers le soleil.

Maintenant, ce cheval qui se transforme en visage de femme, avec de très grands yeux et un sourire tendre. Le vent souffle doucement et porte avec lui les nuages qui dessinent, tout là-haut, des chimères et des dragons. Le ciel est changeant, c’est une belle après -midi d’été, comme je les aime. Le soleil réchauffe ma peau, les coquelicots dansent dans l’herbe folle. Dans l’air flotte une odeur de pin et de lilas. Autour de moi, rien que le son des feuilles qui combattent contre Éole. J’ai vaincu.

La quête fut longue et périlleuse, la souffrance m’a accompagné tout le long du chemin. J’ai du vaincre mes peurs les plus profondes pour arriver en ce jour béni de Juillet. Rien ne m’aura été épargné. Horreurs abyssales, créatures de l’au-delà, goules et chancres démoniaques, je les ai tous terrassés. Cette longue route pour me retrouver ici, face à toi, petit cristal. Dernier objet de convoitise en ce bas monde. Tu ferais passer la pierre philosophale pour un vulgaire diamant de roche. Né des entrailles de la Terre, te voilà entre mes mains. Fils du Monde, gravé par dieu lui-même paraît-il, je contemple la sainte inscription qui décore chacune de tes faces, si fine que rien d’humain n’aurait pu en être l’artisan. A voix haute, je déchiffre, syllabe après syllabe, l’écriture faite de volutes.

« Écrivez avec votre sang la date à laquelle vous voudriez recommencer votre vie »

Je suis las. J’ai connu tant de batailles, moult guerres, flots d’hémoglobine et palanquées de morts injustes. Je n’ai plus d’espoir autre que celui de croire en ton pouvoir, celui que la lumière du soleil à son zénith révèle. Ma force aura été de ne pas avoir peur de la mort, sort bien plus doux que la vie que j’ai pu mener jusque lors. Quitter ce monde naurait été que mettre un terme à de trop longues souffrances.

Maintenant, il me faut choisir. Trouver ce jour où tout bascule et transforme le rêve en cauchemar. C’est idiot quand j’y pense. J’ai toujours souhaité recommencer quelque part, sans pourtant savoir à quelle date. Et ce, tout simplement parce mille questions me taraudent : si je retourne dans le passé, aurai-je les connaissances que j’ai pu acquérir durant cette longue vie ? Connaîtrai-je la portée de mes erreurs, celles que j’ai déjà commises par fougue ou par candeur ? Pousserai-je ces portes qui m’ont amené aujourd’hui à réussir cette aventure ou en enfoncerai-je d’autres qui me mèneront bien plus tôt à ma perte ? Recommencer pour faire les mêmes bêtises ? Quelle utilité ?

Rependre tout de zéro ? Si je ne sais pas, quel intérêt ? Vivre à nouveau les langes, les genoux écorchés, les pleurs et les rires d’enfant, le premier baiser de Viviane, la première nuit dans les bras de Virginie, sourire à l’arrivée de mon fils, tomber au trente-sixième dessous le jour où sa mère me quitte ? Recommencer la douleur de la mort de mes parents ?

Choisir un jour heureux pour le bonheur qu’il m’a apporté. Choisir les instants parfaits, celui lors duquel je lui ai passé la bague au doigt, celui du premier cri d’Étienne. Mon retour de la guerre peut-être ? Simplement pour avoir le droit de profiter d’un bonheur nouveau, encore et encore ?

Vivre deux fois sans le savoir, ça me servirait à quoi ?

Pire encore, je pourrais imaginer que de cette ignorance accoucherait une boucle infinie : vivre à nouveau, réussir, échouer, et au final, retrouver cette pierre et refaire le même choix. Dérouler le fil de ma vie, et à ce point crucial, le remettre en bobine, recommencer. Dérouler, rembobiner, recommencer. Dérouler. Rembobiner. Recommencer. Perdre son temps à passer son temps.

Et si jamais, par chance, utiliser la pierre du temps s’accompagnait de l’immense pouvoir de savoir ce qui m’arrivera en suivant les chemins que j’ai déjà pris ? Si ce caillou magique me donnait ce privilège ? Dois-je refaire certaines erreurs ? Où alors changer de chemin pour vivre autre chose, et me tromper sans doute à nouveau. Reprendre la route qui désormais est pavée, la quitter pour ce chemin de terre et de trous ; voici les deux possibilités qui me seraient offertes. Le jour où je fus tenté par cette diablesse, fuir, tout simplement tourner les talons et ne jamais entrer dans cette chambre avec elle. Cultiver mon bonheur en en choisissant les plans les plus sains ? Ne garder de mon passé que les choix fructueux, me corriger… ou choisir pire par méconnaissance ? Je ne puis dérouler l’arbre des possibles et faire un choix raisonné, alors recommencer… quelle utilité, quel sens ?

J’irai, seconde après seconde de cette nouvelle vie, peaufiner un plan qui m’amènera à quoi ? Au bonheur ? Ce serait un moindre mal après tant d’effort. Au malheur ? Effacer son ardoise pour en noircir une neuve et payer sa vie entière ? Être fidèle, aimant, père modèle, couler jusqu’à la fin des jours parfaits. Éviter les moments difficiles. La tirer par la manche juste avant qu’elle ne tombe. Rester papa jusqu’à mes vieux jours. Repousser la mort, la mienne, celle des miens, de ces très proches qui sont partis avant moi. Te garder un peu plus longtemps près de moi, Maman…

Je pourrais aussi ne rien faire. Choisir l’inaction devant ce qui a été mon Graal. Le reposer, continuer ma route, vieillir, plier, partir. Laisser le suivant tenter sa chance à son tour, et probablement faire un choix différent du mien, absurde épilogue de tant d’efforts.

Pourquoi pas après tout ? Ce ne serait pas vraiment renoncer ! Je me serais battu pour lélégance du combat et non la gloire de la récompense. C’est on ne peut plus noble ! Héroïque presque ! Je serais celui qui a fait pour le plaisir de faire, sans accepter le trophée de cette éreintante route.

Je coulerais des jours plus ou moins heureux, à l’ombre du tilleul, à veiller sur les miens. Souffrir sans doute, rire parfois, mourir à petit feu. N’est-ce pas ce à quoi chaque honnête homme rêve ?

Où alors…

Où alors jouer avec le feu. Biaiser la règle et laisser la sagesse des ancêtres décider à ma place. Voilà la solution ! Poser la pierre, et faire s’appliquer la prophétie à ma manière !
C’est clair maintenant, « écrivez avec votre sang la date à laquelle vous voudriez recommencer votre vie ». Rien ne me force à donner une forme numéraire à cette date ! Je pourrais aussi bien dire que je veux recommencer ma vie à la date à laquelle j’ai été le plus heureux, celle ou j’ai fait le pire choix de mon existence, ou encore le meilleur. Jouer avec les mots comme les Anciens qui ont créé cette pierre jouent avec nos vies. Bref, risquer. Parce que le risque aura été toute ma vie, le moteur de mes choix, le flot dans mes veines.

Je sors doucement mon poignard de ma ceinture. Le cuir crisse sous la caresse du métal et je frissonne, perdu entre peur et enthousiasme. J’ai choisi.

Le manche dans la main droite, l’acier froid posé sur ma paume gauche, je n’hésite pas. D’un coup sec, le fil de la lame tranche la peau et la chair. La douleur se propage dans mon bras mais je sourcille à peine. Je referme le poing, et regarde le sang s’écouler sur le sol. Je range mon arme, et viens de l’index droit m’encrer le bout du doigt au filet rouge qui quitte ma main.
La pierre est face à moi sur le sol, et dans le cercle rituel, j’inscris au carmin mon choix sur la dalle de granit. Symbole après symbole, lentement, je rends ma décision irrévocable.

Le ciel se couvre au dessus de ma tête. Les nuages d’été deviennent de menaçantes boules d’orage. Il faisait jour il y a quelques secondes, et maintenant la nuit et les ténèbres ont gagné les lieux. La tempête souffle fort, les tourbillons de poussière m’entourent. Les éclairs zèbrent le ciel et frappent tout autour de moi. Mon monde prend des airs d’apocalypse. L’air embaume l’acier et l’électricité. J’ai l’impression que mon corps est comprimé dans un étau. Chaque centimètre carré de ma peau est écrasé par l’énergie que dégage la pierre. Ma tête tourne, je… tout est froid… ma tête… pourquoi ai-je fait ça ? Pourquoi ??

Mon esprit est emporté loin. Cest mon épouse qui réapparait la première. Je la revois. Quelle était belle avec ses cheveux bruns qui courraient sur ses épaules. Son sourire, vieux souvenir, est si proche. Jimagine mes lèvres se posant sur les siennes et je goute à sa peau sucrée, son corps dans mes bras. Nous étions si heureux. Cétait il y a longtemps et pourtant cétait hier.
Ils arrivent maintenant, les marmots, les anciens, les amis perdus. Ils me félicitent et m
entourent de leur présence bienveillante. Ils sont tous là, ceux qui me manquent. Ils veillaient sur moi et ils sont sans doute partie prenante de cette formidable réussite. Je suis lhomme que leur amour a fait de moi. Ils mont transmis leur courage et ont guidé mon bras vers la victoire. Cette pierre est un peu la leur. Puis ils séloignent, tous, souriants. Elle est la dernière à disparaitre. Mon soutien le plus fort et le plus présent. Les ténèbres menvahissent à nouveau. Plus rien.

Le soleil réchauffe mon visage. Je ne sais combien de temps jai passé, étendu sur le sol, inconscient. J’entends chanter autour de moi les oiseaux, des rossignols dans doute. Une douce brise caresse mon nez. Allongé dans l’herbe, je me sens étonnement léger. J’entrouvre les yeux, la lumière me brûle la rétine. Qu’il fait bon ici. Je sais où je suis.
Je suis à l
endroit même où ma vie a changé. Loin, au dessus de ma tête, les nuages défilent à toute vitesse, passant du gris au blanc cotonneux. Jimagine en eux des enfants qui dansent ou chahutent. Le vent me souffle presque leurs rires insolents. Doucement, je me relève et contemple le paysage.
Il y a quelques minutes à peine, j
humais, vainqueur, les effluves dégagées par les fleurs et les arbres alentours. Pin, coquelicot, lilas. Et maintenant

Ce sont les mêmes odeurs qui flattent mes narines. Le même soleil, le même zéphyr. Je nai pas vieilli, je nai pas rajeuni non plus. En fait, je nai pas changé, et cela pour une raison si simple et évidente quelle mavait presque échappée. La pierre ma renvoyé à ce jour divin, celui lors duquel jai compris que moi seul pouvait faire de ma vie ce que je voulais quelle devienne : je suis revenu aujourdhui.

Être un homme, cest faire des choix, décider de son avenir. Réfléchir, choisir, agir. Il nest pas de talisman qui puisse changer ça. Seul un homme le peut. Je suis celui-là.

 

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Le Cadeau (2/?)

En silence, tu dévores ton petit-déjeuner. En plus d’être gaulée comme une déesse, elle fait la bouffe comme un chef. C’est la femme idéale. Tu en es presque à te demander si tu ne remplacerais pas ton actuelle compagne par le cadeau qu’elle te fait. Un clou chasse l’autre…
Elle te regarde en attendant sagement que tu termines ton plat, et dans ce provisoire silence tu cogites comme jamais. Qu’est ce qui a bien pu passer par la tête de ta nana pour t’offrir ce genre de cadeau ? Jusqu’où peux-tu aller ? Si tu pousses l’expérience trop loin, l’actuelle propriétaire de ton petit corps d’athlète ne se pointera-t-elle pas pour démonter ta tronche de pervers ? Et après tout, pourquoi tout ça ne serait-il pas un piège pour te tester ?

– Humm.

On ne peut avoir regard plus perdu que le tien. Bovin. Tu es largué et ton cerveau fonctionne plus vite et de manière plus désordonnée que ces mains qui t’amènent tes œufs. Tu dégustes son frichti, tu te régales, évidemment. Le café chaud te ramène à la dure réalité, et ce qu’il y a de bien, c’est qu’elle est totalement identique à ce que tu vis en ce moment même. Tu fais durer les dernières bouchées, de peur que les consignes qu’elle va te donner limitent ton plaisir à portion congrue.

– Si vous avez terminé…

– Faites, je suis toute ouïe.

– Pour vos trente ans, Madame n’a pu être présente. Aussi, tenant à marquer le coup, elle a fait appel à mes services. Je suis ici pour la journée, comme je vous ai dit…

Elle tend la main vers le coffret sculpté.

… Votre épouse a déposé dans cette boîte huit fantasmes sur des petites cartes…

Tes yeux roulent sur eux-mêmes, le loup de Tex-Avery, à côté de toi, a l’air calme et posé. Ton caleçon ne suffit plus à contenir ton envie, mais comme par bonheur tu es assis, les apparences sont encore sauves.

… et pour commencer, vous allez en sortir quatre, au hasard. A vous !

Fébrilement, tu avances les doigts et fais pivoter le couvercle sur ses gonds. La boîte contient effectivement huit papiers, format carte de visite, glacés, que tu risque de faire s’embraser d’un simple contact avec tes phalanges. Ils sont parfaitement rangés dans des encoches, tels les lames de sang d’une disciple de Dexter en goguette. Tu tires le premier. Et tu déglutis, sourdement, avant de reposer le papier devant toi.

– A voix haute, s’il vous plaît.

– Je… oui, pardon. « Profiter d’une soumise, menottée et muette »

Son sourire est carnassier. Elle jubile. Tu ne sais plus où te mettre, dans ta tête c’est quatorze Juillet.

– Continuez je vous prie.

Avec un peu plus d’aise, et une goutte de sueur qui perle sur ton front, tu tires le second.

– « Trio Homme-Homme-Femme »

-Très bien, je note. Papier suivant ?

Ta femme a tapé juste. Jusque là, elle a tout bon, ta « to do list » se coche ligne après ligne;

– « Expérience tantrique ».

Oui, bon, d’accord, tu aurais voulu essayer. C’est sorti, reste à espérer que vous fassiez ça en premier. Parce qu’après un ou deux tours de grand-huit, les chevaux de bois risquent de te sembler fades.
Face à toi, elle acquiesce, pensive, et t’invite à continuer le tirage.

« Glory Hole » sort de ta gorge, remué par un vibrato musical. Elle te dévisage avec gourmandise. Tu as l’impression d’être scanné aux rayons X, découpé au laser.

– Voilà un tirage intéressant.

Sur ses talons et fesses à l’air, elle traverse la pièce. La croupe tendue, elle se penche sur ton ordinateur, saisit le mot de passe et démarre une session Skype. Quelques secondes après la sonnerie d’appel typique, c’est ta dulcinée qui te regarde, ravie de son cadeau.

– Bon anniversaire mon amour !

– T’es vraiment une grande cinglée. C’est quoi cette idée de ouf ?

– Bah quoi, elle ne te plaît pas Leslie ?

– Moqueuse ! Elle est…

Tu te tournes vers elle, histoire de ne pas passer pour le dernier des rustres.

– Vous êtes sublime Mademoiselle.

De nouveau tu pivotes vers ton épouse, qui se marre.

– Bon. Je suis là juste de passage, pour te dire deux choses. D’une part, tu peux faire ce que tu veux avec la demoiselle, tu me connais, pas de risque de jalousie de mon côté. Et d’autre part, te dire que j’ai configuré l’ordinateur pour accéder quand je le voudrai aux caméras qu’on a posées dans la maison. Je passerai vous voir… à l’occasion. J’ai ma journée, les volets sont fermés, je compte bien en profiter.

– T’es une grande malade…

– Une grande malade qui disparaît. Amuses-toi bien mon cœur !

L’écran s’éteint. Noir, mise en abîme. T’es parti pour une journée braguette, et le programme qu’elle vient de t’énoncer est alléchant.

C’est donc la charmante Leslie qui reprend la parole.

– Voilà. Vous savez presque tout. Je vais aller me changer et préparer quelques accessoires. Installez vous donc confortablement dans le canapé. Ah, j’oubliais. Les quatre papiers que vous avez tirés, ce sont les fantasmes que vous avez éliminés.

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Défait divers : Comme au Cinéma

Comme vous le savez, je participe autant que possible à des concours de nouvelles. Et qui dit concours dit impossibilité de vous présenter les nouvelles que j’écris tant que je n’ai pas eu de réponse de l’éditeur du concours.
Et bien aujourd’hui, bonne nouvelle ! Je n’ai pas été sélectionné par la Musardine. Ce qui veut dire, bande de petits veinards (enfin, ça, ça sera si mon texte vous plait) que voici un texte inédit, initialement prévu pour les Éditions de la Musardine. Au passage, si vous êtes amateurs de textes érotiques, c’est LA librairie incontournable du genre.
Lisez le vite avant qu’un autre éditeur le trouve à son goût et me demande de le retirer viiiiiite !

Le thème de l’appel à texte : Faits Divers
J’espère qu’il vous plaira.

 

[CinmaX recherche une comédienne typée africaine, avec sens du rythme, pour tournage de film X. Débutantes acceptées. Rémunération en fonction de l’expérience. « Le Chevalier Angus tombe amoureux de la pucelle Maure venue amuser le peuple en son bon château » Envoyez photos + CV par mail à CinmaX@gmail.com.]

 

– Nous vous écoutons, racontez nous. Cette maison d’édition recherche des textes un peu plus crus qu’ailleurs. Cliquez uniquement si vous avez l’âge de faire des bêtises !

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Il y a longtemps que je ne vous ai pas proposé un extrait de texte…

On va remédier à ça tout de suite.

Le texte sera envoyé pour un « AT » (comprenez Appel à Textes) de la collection L’Ivre des Sens, aux Editions L’ivre-book.
Collection Adulte et éditeur numérique donc (moi qui ne jure et ne lit que papier), mais nouvelle expérience d’écriture sous l’impulsion de leur directrice de collection, la charmantissime Julie Derussy (qui est également une auteure de très très grande qualité; et dont l’adresse du blog se trouve dans la partie « Vous allez aimer » de mon site).
Le thème de l’AT : les masques.
Et mon approche… vous verrez bien ! Vous avez l’habitude de mon regard de biais sur les appels à texte je crois depuis le temps qu’on papote !
Allez, si jamais vous souhaitez en lire plus, il faudra patienter un peu. Soit il est publié et rejoindra mes quelques textes commercialisés, soit il sera ici, en cadeau, pour faire plaisir à Wissam qui trouve que je m’embourgeoise depuis qu’on ne peut plus beaucoup me lire gratuitement.

« De lourds coups cognent contre l’ouvrant de bois. Dans la hâte, Joséphine se rhabille sans prendre la peine de nettoyer sa poitrine. Elle me quitte avec un sourire que j’ai du mal à lui rendre. L’homme que j’étais aura vécu une heure de plus. »

Comme dirait Julien Lepers, « Pour Vous qui êtes chez vous, un indice »

Indice

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Bas-nylon

Un petit avant-goût de la nouvelle sur laquelle je travaille. Elle vous plait ?

La grande avenue est vide. Il est tard et les lampadaires lui donnent un air blafard que le crachin local n’arrange pas. C’est l’automne. Elle avance, intimidée. Quelques pas séparent la station de métro de la grande vitrine vers laquelle elle se dirige. C’est sa première fois. Elle y pense depuis longtemps pourtant, mais franchir le pas… rien d’évident. Elle a un peu peur. Motivée, elle l’est pourtant. Elle va le faire, pour elle, et surtout pour la douce Paulette. Les derniers mètres sont les plus durs à faire. Elle se sent toute petite devant la façade blanche aux baies immenses, closes par un store métallique juste assez ajouré pour qu’on devine la lumière au travers. La chair de poule la gagne, la peau de ses jambes nues frissonne à vue d’œil. Il est temps de se mettre au chaud.

Elle pousse sur la poignée, qui lui résiste. Fermé. Évidemment dans ce genre de boutique comme ailleurs, à vingt-et-une heures les portes sont closes. Tremblante, elle monte le doigt vers la sonnette et appuie. Le cri étouffé d’un vieux carillon vient mourir à ses oreilles, et quelques secondes après déboule une petite demoiselle au look explosif. Deux tours de verrou plus tard, c’est d’une voix guillerette qu’on l’accueille.

– Entre, je t’en prie. Je ferme toujours la porte, dans le quartier à cette heure-ci on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Je t’attendais. On se pose là ?

Elle l’invite à prendre place sur le canapé d’angle posé dans un coin de la grande pièce. C’est l’accueil de la boutique, mais le fauteuil sert plutôt de lieu d’attente que de travail. Les clients sont d’habitude reçus sur les sièges de plastique situés face aux bureaux. Aux murs, des tableaux de corps nus et musclés. Jeunes hommes et jeunes femmes de toutes origines. Un bel éphèbe africain retient son attention. Son regard l’accroche, presque inquisiteur. Le sourire dessiné la rassure cependant.

– Café ? Thé ? Coca ?

– Un café, merci. Noir et sans sucre, lui répond-elle d’une voix tremblotante.

– Ravie de te rencontrer après tout ce travail par messagerie interposée. La route n’a pas été trop chiante ?

– Je déteste la ville et ses bouchons, mais bon, je suis là pour me faire plaisir, faut bien souffrir un peu avant !

Le rire mutin de l’hôtesse résonne dans la pièce vide. Les petites rides qui se dessinent au coin de ses yeux verts lui donnent un air encore plus fripon. Elle est définitivement charmante. Une petite dame de la trentaine, cheveux roses d’un côté, rasés de l’autre, et fringues de collégienne anglaise. Jupette et bottines, chemise cintrée largement ouverte sur une poitrine menue.

– Je fais les cafés et je sors les dessins. On termine de bosser dessus le cul sur les coussins ? Tu me diras si tu as besoin que je ressorte les crayons ou si on se lance ensemble de suite. Et puis détends-toi, fais comme si on était entre copines ! Pas de stress !

…la suite ? Bientôt !

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Terrible terril

C’etait un vent glacial qui balayait le terril fièrement dressé aux portes de Noeux-Les-Mines. Les premières rampes lumineuses s’allumèrent fébrilement, dans un cliquetis électrique assez désagréable. Heureusement, la chauffe du matériel d’éclairage ne durait que quelques minutes, et c’était le silence avant l’arrivée des premiers skieurs qui allait dominer pendant une bonne heure encore. Le soleil se lèverait, et la foule habituelle des amateurs de glisse envahirait les lieux pour une journée de plaisir. En tout cas, c’est comme ça que tout se passait chaque matin.

loisinord

Edmé, technicien responsable de la mise en route, le premier à fouler la piste, entama sa tournée de vérification des installations. Tout était normal, le reste du personnel commençait à arriver, la brumisation se mettait doucement en route. Début d’une journée parfaite à Loisinord. A un détail près. Au bas de la piste, une des bâches rouges était déplacée. Sans doute l’un de ses collègues du soir aurait-il oublié de la remettre en place. Edmé s’approcha, aussi nonchalant qu’à son habitude. Il ne ferait que quelques pas de plus. (suite…)

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Le cadeau (1/?)

Il est des matins difficiles qui se révèlent devenir de vrais moments de plaisir. Des supposées, pressenties « journées de m@}*/+ » qui s’annoncent et qui pourtant vous laissent d’impérissables souvenirs. La veille, forcément, tu abuses un peu, quelques amis qui passent, des rires, de la bonne bouffe, de la bière de qualité, du champagne peut-être, trois heures du matin, voir quatre. Quand tu termines comme ça, tu le sais, au petit matin tu auras mal au crâne, les cheveux qui poussent à l’envers, et, posé sur la langue, un sac de vingt-cinq kilos de plâtre fin. Alors quand ce petit matin commence à cinq heure quarante-cinq, après peu -trop peu- de sommeil, par le passage d’un camion benne qui se prend pour une Testarossa à ta fenêtre (faire vrombir le moteur du camion, c’est le petit plaisir solitaire du conducteur de ton quartier), tu pestes. Tu vas pisser, tu souffles dans ta main pour savoir si, maintenant que tu as dessaoulé, tu peux survivre avec une haleine aussi chargée qu’un mulet dans le désert. Tu te rends à l’évidence que tes dents pourraient tomber avant ton prochain réveil, tu vas te les brosser et faire un bain de bouche, puis tu remontes te coucher, en espérant que personne ne vienne t’emmerder avant quatorze heures du matin… ce qui arrive à sept heures pétantes. Là, vu comment tu as finis hier, tu te demandes à quelle heure commencent les perquisitions, et tu redescends, en caleçon, faisant fi de toute dignité ou de ton dernier soupçon d’amour propre.

Tu ouvres la porte comme un ours qui défend sa caverne, en poussant un « Ouaiiiiis ?  » prêt à enfoncer la tronche du premier couple de témoins de Jéhovah venu, ou à te retrouver -l’option numéro un- le museau contre le mur avec le poignet inconfortablement collé entre tes omoplates par un gentil fonctionnaire en uniforme.
Dans ton brouillard mental, tu es même à deux doigts de refermer le battant sur… une magnifique brunette aux cheveux courts et au sourire enjôleur, qui énonce ton nom de famille avec la voix d’une hôtesse de l’air (PNC aux portes, les gilets, les toboggans, tout ça tout ça). Lire plus, seulement si tu as l’âge de ne pas être sage

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Plic-ploc fait la pluie

J’adore le cliquetis des gouttes d’eau qui pianotent à ma fenêtre. Je reste là à écouter leur douce musique, faite de plics et de plocs. Mozart, Rachmaninov, allez vous rhabiller, jamais votre oreille n’entendra plus douce mélopée, jamais les doigts de vos interprètes les plus illustres ne fileront plus vite sur les blanches et les noires que l’eau sur mes vitres. Et tout ça, simplement, parce que c’est sous cette douce musique que je l’ai aperçue pour la première fois. Ces sons là parlent à mon cœur mieux que vos concertos. Ils tordent mon ventre comme vous ne saurez jamais le faire.

C’était dans les premiers frissons de l’automne, quand il pleuvait par période de 10 jours sur la jolie Place aux Oignons. Les pavés brillaient, les lumières s’allumaient tôt, et les touristes qui découvraient Lille le faisaient sous un parapluie ou un imperméable. Et moi dans tout ça, je tuais mes soirs assis bien au chaud, sur le rebord de ma fenêtre, un livre inutile à la main, un chat persan voyageur à mes côtés, à regarder s’ébrouer le monde un peu plus bas : ce couple qui se chamaillait, cette mamie qui dodelinait d’un pas lent en remontant vers la Déesse, ces passant qui passaient, plus ou moins bien dans leur peau et dans leur tête, cet homme volage qui circulait au même endroit avec deux femmes différentes sous le bras à quelques heures d’intervalle, ces touristes qui faisaient marcher le commerce local en abreuvant de leurs devises les boutiques de luxe du quartier.

Un soir de pluie, donc, mon cœur est tombé par la fenêtre. Une chute de trois étages, sans filet, pour atterrir à ses pieds. Le temps s’était arrêté et la fraction de seconde seulement si vous avez l’âge de ne plus être sage

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