Bas de Soi.

*** Cadeau pour la nouvelle année. Un texte dont je récupère les droits puisque le changement de distributeur a été l’occasion pour les Éditions du 38 de rendre leur liberté aux écrits des collectifs Paulette.
Du coup, moi, je vous l’offre puisqu’elle n’est plus disponible en ligne. J’en ai une ou deux autres en stock, bande de chanceux ! ***

*** Attention, c’est un texte pour adultes ! ***

La grande avenue est vide. Il est tard et les lampadaires lui donnent un air blafard que le crachin local n’arrange pas. C’est l’automne. J’avance, intimidée. Quelques pas séparent la station de métro de la grande vitrine vers laquelle je me dirige. C’est ma première fois. J’y pense depuis longtemps pourtant, mais faire ce pas… rien d’évident. J’ai un peu peur. Motivée, je le suis pourtant. Je vais le faire, pour moi, et surtout pour la douce Paulette. Les derniers mètres sont les plus durs à franchir. Je me sens toute petite devant la façade blanche aux baies immenses, closes par un store métallique juste assez ajouré pour qu’on devine la lumière au travers. La chair de poule me gagne, la peau de mes jambes nues frissonne à vue d’œil. Il est temps de me mettre au chaud.

Je pousse sur la poignée, elle me résiste. Fermé. Évidemment dans ce genre de boutique comme ailleurs, à vingt-et-une heures les portes sont closes. Tremblante, je monte le doigt vers la sonnette et appuie. Le cri étouffé d’un vieux carillon vient mourir à mes oreilles, et quelques secondes plus tard déboule une petite demoiselle au look explosif. Deux tours de verrou et c’est d’une voix guillerette qu’elle m’accueille.

– Entre, je t’en prie. Je ferme toujours la porte, dans le quartier à cette heure-ci on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Je t’attendais.

Du geste, elle me propose de me séparer de ma veste trois-quarts beige et de mon sac à main.

– On se pose là ?

Elle m’invite à prendre place sur le canapé d’angle posé dans un coin de la grande pièce. C’est l’accueil de la boutique, mais le fauteuil sert plutôt de lieu d’attente que de travail. Les clients sont d’habitude reçus sur les sièges de plastique situés face aux bureaux. Aux murs, des tableaux de corps nus et musclés. Jeunes hommes et jeunes femmes de toutes origines. Un bel éphèbe africain retient mon attention. Son regard m’accroche, presque inquisiteur. Le sourire dessiné me rassure cependant, j’aurais presque envie de répondre à toutes les questions qu’il pourrait me poser.

– Café ? Thé ? Coca ?

– Un café, merci. Noir et sans sucre.

– Ravie de te rencontrer après tout ce travail par messagerie interposée. La route n’a pas été trop chiante ?

– Je déteste la ville et ses bouchons, mais bon, je suis là pour me faire plaisir, faut bien souffrir un peu avant !

Le rire mutin de l’hôtesse résonne dans la pièce vide. Les petites rides qui se dessinent au coin de ses yeux verts lui donnent un air encore plus fripon. Elle est définitivement charmante. Une petite trentaine, cheveux roses d’un côté, rasés de l’autre, et fringues de collégienne anglaise. Jupette et bottines, chemise cintrée largement ouverte sur une poitrine menue. Sexy à en tomber de plaisir sous ses doigts.

– Je fais les cafés et je sors les dessins. On termine de bosser dessus le cul sur les coussins ? Tu me diras si tu as besoin de retouches ou si on se lance ensemble de suite.

– Moi ça me semblait déjà pas mal, mais vas-y montre-moi tout !

– Ne me tente pas, on se connaît à peine…

Se laisser aller sous des mains expertes, s’abandonner et faire confiance lui semblait désormais un peu plus simple. Bonne commerciale, la demoiselle savait faire tomber la distance naturelle entre la cliente et la professionnelle avec charme, et mettre à la place chaleur et humour.

Le temps d’un vrombissement de machine à café, elle sort d’une pochette cartonnée un grand Canson et le pose sur la table ; une feuille de papier noircie d’un dessin un peu particulier.

– Alors ?

– J’adore. Encore plus beau maintenant que tu l’as terminé !

– T’es sûre, on ne change rien ?

– Rien !

– Y’a plus qu’à !

J’emmène le café avec moi dans l’arrière-salle, je le pose sur la cheminée et commence à me déshabiller doucement sans attendre qu’elle me le demande.

– Mets-toi à l’aise et vire le bas. On en a pour un bout de temps.

La jupe tombe au sol. J’ai l’air plutôt sexy dans mes godasses Michel Perry et mes sous-vêtements Victoria’s Secret. Allez, je dirais même que je suis canon.

– Tu peux m’aider pour mes bottes ?

Contrairement à la B.B de Gainsbourg, bottée jusqu’en haut des cuisses comme un calice à sa beauté, je me suis contentée de cavalières. Parfait accord avec ma jupe courte, mais difficiles à enlever toute seule. Elle s’approche, chevauche ma cuisse et me tourne le dos pour glisser entre ses jambes mon pied. Le froid du cuir pourrait la faire tressaillir mais elle ne montre rien. Enfin, rien… c’est vite dit. Dos à moi, penchée vers l’avant, ses fesses se découvrent et s’offrent à ma vue. Elle tire en poussant un petit soupir d’effort charmant. Je lui offre la suivante, qu’elle ôte sans soucis.

– T’es prête ?

– C’est parti…

Ma voix est serrée et je déglutis avec difficulté. La pression monte, tout comme cette sensation d’être sur le fauteuil du dentiste.

– Hey, on se détend miss. Tu verras, tu vas adorer. Allonge-toi sur le fauteuil et laisse-moi faire. Tu t’installes là sur le ventre, tu gardes une jambe dessus, et tu écartes l’autre et la poses sur le pouf. Moi je vais me glisser entre les deux.

J’ai le rouge qui me monte aux joues. Elle est quand même extrêmement tendancieuse dans ses propos, la demoiselle. J’imagine le nez de Paulette se retrousser de colère si elle pouvait entendre tout ça. Partageuse quand elle est là, exclusive quand elle ne l’est pas. Je prends place, sage et tendue.

– On en a pour trois bonnes heures, alors si tu as besoin d’aller pisser, de faire une petite pose ou quoi que ce soit, n’hésite pas. On n’est pas aux pièces de toute manière, je t’ai réservé toute ma soirée. Et t’inquiète pas si tu vois mon collègue passer, il dessine dans la pièce derrière, et il a déjà vu plus d’un cul allongé là.

– T’en fais pas, je ne suis pas pudique.

– Avec un corps de déesse pareil, tu aurais tort de l’être.

Le plastique des gants claque sur ses mains, et sur le haut de ma cuisse elle étale une sorte de crème désinfectante. Elle vient ensuite appliquer un calque de son dessin quelques centimètres sous ma croupe qu’elle retire aussi vite. C’est chaud et agréable. Je sursaute et elle rit. La machine vient de se mettre en route et pour quelques secondes je m’imagine à nouveau chez le dentiste. Un vrai bruit de fraise. J’en ai d’un coup mal aux dents. Heureusement la présence de ce buste féminin entre mes guibolles avant-bras posés sur le bas de ma fesse d’un coté et sur mon mollet de l’autre me rassure et me réchauffe intérieurement.

-Va falloir un quart d’heure pour que la peau s’habitue à la sensation. Et après ça va rouler tout seul. Compte sur moi pour te détendre si besoin, c’est toujours meilleur quand on est zen. Je vais commencer par le tracé de la jarretière avec l’inclusion du prénom, le nœud et les dentelles, et je viendrai poser les plumetis sur toute la jambe. Souffle un coup, je démarre. On va aller aussi loin que possible, mais de toute manière il te faudra plus d’une séance.

Grande fille, je serre les dents pour ne laisser passer sous l’impact de l’aiguille du dermographe qu’un léger gémissement. Deux grands miroirs posés au pied du mur me permettent de voir se dessiner un sourire sur le visage de la tatoueuse. C’est officiel, elle est sadique.

– T’as un joli cul dis donc ! Tu fais du sport ?

– Rien du tout. J’ai horreur de ça. J’ai juste du bol et la génétique fait le reste. Et merci pour le compliment !

– Et t’as une vraie peau de poulet. Le rendu va être superbe.

L’aiguille s’acharne, trait par trait, point par point, pour reproduire une version dessinée du célèbre bas de soie plumetis de chez Cervin. Une jarretière dentelle assez large, et une myriade de petits piquetages géométriquement disposés sur toute la jambe. Une merveille qu’adore Paulette.

– Paulette, c’est le prénom de ta copine ?

– Disons que c’est une camarade de jeu depuis l’adolescence. Une amie très… très proche.

– Jalouse ?

– On partage pas mal de choses, alors parfois oui, un peu, mais bon, on reste assez lib…

Mon dernier mot n’est pas terminé que je sens sa main remonter entre mes cuisses. Pour tendre ma peau ? Pas certain. Son outil de torture court sur ma couenne, et je sens son petit doigt effleurer les élastiques de ma culotte. Je ne sais plus si je frissonne de douleur ou d’excitation. J’écarte un peu plus la jambe posée sur le pouf. Oui, c’est une invitation. Elle me répond par un sourire mais n’arrête en rien sa tâche. Ce soir, j’aurai une bonne partie de ma jambe droite tatouée d’un bas de soie magnifique, et Paulette ne pourra plus me les arracher. D’ailleurs je ne sais pas si ce sont mes pensées à ma douce Paulette qui m’emmènent plus loin encore dans mes fantasmes ou l’aiguille perçant ma peau qui trouble mon esprit, mais j’ai envie d’amour. Perdue dans mes pensées, les minutes passent et le délicat tissu de ma culotte doucement s’imbibe. Entre les cuisses une petite auréole commence à naître.

– Ça va, pas trop mal ? La douleur doit avoir quasiment disparu là. On y est depuis une petite heure, et généralement les clients commencent à y trouver du plaisir.

Je vois exactement ce qu’elle veut dire. La frontière entre les deux est si ténue que je bascule petit à petit. Bien sûr j’appréciais déjà les douces fessées de Paulette, mais je ne me voyais pas pour autant adepte du masochisme. L’aiguille qui me fait mal… me fait du bien, et entre mes cuisses, il fait chaud et humide. Je sens qu’elle en profite pour écarter un peu plus ma culotte. Une lèvre dépasse désormais de la toile fine. Elle la caresse tout en gravant ma peau. J’ai peur du moment où le tracé de la jarretière sera terminé et où elle entamera les points sur ma jambe, loin de mon petit chat.

– Pas mal non. J’avoue que je trouve ça grisant. Je ne vois pas grand-chose, tu en es où ?

– L’avant de la cuisse est tracé. Reste l’arrière et les points sur toute la jambe. Tu veux une petite pause ?

– Pas de refus. Je m’ankylose à ne pas bouger. Et je commence à avoir un petit creux. T’aurais pas un truc à grignoter ? Une petite douceur ?

– Pour les douceurs, j’ai toujours ce qu’il faut…

Derniers mots pleins de sous-entendus. Mon sourire lui offre la réponse qu’elle attendait. D’un quart de tour lent vers la gauche, et sans quitter mon regard, elle vient écarter ma petite culotte. Doucement sa bouche descend, et elle pose un baiser au sommet de mon pubis. Carnivore, je sens ses dents qui délicatement marquent ma peau, et sa langue jouer contre l’ouverture que je lui offre. Elle se fait une place. Ma main vient chercher ses cheveux et mes genoux remontent de chaque côté de son visage. Le contact avec la partie courte de sa coupe de cheveux me donne l’impression qu’un homme m’aime, et quand je passe sur ses mèches longues, c’est une femme qui me lèche. Elle m’offre une expérience nouvelle et passionnante.

– Ne t’arrête pas.

Pour unique réponse le mouvement de sa langue qui a trouvé le passage. Mon clitoris pointe, elle le titille, le caresse, en fait le tour, descend et remonte, passant entre grandes et petites lèvres. Je sens le liquide qui coule sur mon plancher pelvien, mélange de sa salive et de mon foutre féminin. Je serre les fesses. Ma respiration devient plus sourde et plus profonde. Décidément, les hommes ne sont pour moi que le complément des femmes. J’en ai presque du mal à comprendre ce que Paulette leur trouve. Une fois de temps en temps, oui, mais bon…

Ses incisives qui d’un coup mordillent ma peau me tirent de mes rêveries. Pourquoi diable reviens-je toujours à Paulette ? Ma tatoueuse suce et aspire ma chair dans sa bouche brûlante. J’adore ses mains qui viennent saisir mon cul, son souffle sur mon ventre et évidemment ses baisers. Ses ongles se plantent, tout mon corps devient plus sensible encore à son langoureux cadeau. Je gémis.

– Tu aimes on dirait. Tu en veux un peu plus ?

– Oh oui…

Sous mes fesses, sa main se glisse. Je sens son index qui se promène entre ces deux orifices par lesquels j’aime tant prendre du plaisir. Elle dessine des cercles du doigt pendant que sa langue me fouille du plus profond qu’elle peut. Je suis aux anges… et je pense à Paulette. Je sursaute quand son doigt plonge en moi.

Du fond du salon s’élève une voix masculine.

– Merde les filles, je n’arrive pas à me concentrer. Pourriez pas vous contenter d’un tatouage ? J’ai des dessins à finir moi !

Je suis surprise, mais le sourire doux de ma tatoueuse qui lève la tête me rassure. Elle lui répond.

– Désolée Jimmy. On s’est un peu laissées aller.

– Tu fais chier quand même !

De concert nous éclatons de rire. Je chuchote :

– Jimmy ?

– Mon associé. T’en fait pas, il est un peu habitué à ce que je dérape avec les clientes quand elles sont aussi jolies que toi. Et puis il est pédé comme un phoque. Je n’ai même jamais réussi à le sucer. Il refuse toujours.

– Dommage…

– T’aimes les plans à trois ?

– Oh… si on me tente… trois… quatre…

– En attendant il nous a coupées dans notre élan ce petit con.

– Oui. Va falloir que tu te remettes à tatouer ! Tu as des bas de soie à finir !

– Pour ce soir…

Elle lève la tête, il est déjà minuit passé. Je me redresse et admire ma cuisse. Mine de rien, elle a bien avancé. Vivement la prochaine séance, et les premiers retours de Paulette. Elle ne m’arrachera plus mes bas de soie.

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